Institut zoologique 22, quai Van Beneden, 4020 Liège

Objectif social

Un «Embarcadère du Savoir» à Liège : pour quoi faire?

extrait du discours prononcé par le Doyen Jean-Marie Bouquegneau le 16 septembre 2006, à l'occasion de la proclamation solennelle des diplômés licenciés et masters de la Faculté des Sciences de l'ULg.

Un nouveau pôle muséal en bord de Meuse
Déjà, de nombreux projets…

     …l'organisation du Printemps des Sciences,
     …et d'une exposition temporaire en trois volets,
     …mais aussi des perpectives à moyen terme

Un lieu ouvert à tous et vers tout
Education et tourisme
Par deux voies, contribuer au redéploiement du bassin
Une Métropole qui n'investit pas dans la culture est une Métropole qui régresse

Le cercle vertueux de la recherche fondamentale et de sa mise en application
Réconcilier la science et le grand public
Les sirènes de la rentabilité immédiate
Aliéner la recherche aux seuls objectifs industriels reviendrait à la museler
Si la science est le progrès pour beaucoup, la science n'est pas que le progrès
Pourquoi un embarcadère du savoir à Liège ?

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Un nouveau pôle muséal en bord de Meuse

«Embarcadère du Savoir» est le nom choisi pour un projet de centre de culture scientifique, technique et industrielle initié par l'Université de Liège. Il est localisé dans la ville principalement dans ce qu'on appelle habituellement le complexe Van Beneden-Pitteurs

Outre l'Institut de Zoologie, il comprend l'Institut d'Anatomie, l'Institut de Physiologie et, un peu à l'écart du complexe, la Maison de la Métallurgie et de l'Industrie de Liège (située Boulevard Poincaré).

 L'Institut de Zoologie, d'architecture  néo-classique, est orné en façade de deux ouvrages d'art : «L'Amphithéâtre Van Beneden», composé d'une esplanade et d'un escalier monumental qui donne un accès direct à la Meuse (d'où l'appellation «embarcadère»), et «L'envol de la Wallonie», œuvre qui, du haut de ses cinq mètres, domine l'amphithéâtre. Pleine de fraîcheur, de grâce et de légèreté, «L'envol de la Wallonie» évoque les jeux enfantins de deux fillettes. Elle symbolise le dynamisme d'une jeunesse épanouie et sereine, celle qui sera appelée à prendre notre relais. 

 

Qui donc, mieux que ces deux œuvres pouvait symboliser la création à Liège d'un « Embarcadère du Savoir » ?

Le Professeur Robert Halleux s'est vu confier la mission d'examiner la possibilité de transformation du complexe Van Beneden – Pitteurs en un complexe muséal de diffusion des sciences et des techniques.

Remarquable par son ampleur et la qualité de ses composantes, son projet associe les compétences d'acteurs reconnus et très expérimentés dans le domaine de la diffusion des sciences et des techniques : l'Université de Liège, l'Aquarium et le Musée de Zoologie, la Maison de la Science, la Maison de la Métallurgie et de l'Industrie de Liège, ainsi que la Ville de Liège, Cockerill Sambre, l'Union Wallonne des Entreprises de Liège et Léo Houziaux, Secrétaire perpétuel de l'Académie Royale de Belgique. L'ensemble est regroupé sous forme d'une asbl, «L'Embarcadère asbl», dont le Président est le Professeur Melchior Wathelet et dont j'assume la fonction d'Administrateur-délégué.

Un lieu ouvert à tous et vers tout

Ce nouveau pôle muséal à Liège n'est pas simplement un embarcadère de plus dans la ville. Ce n'est en aucun cas un «gros machin» qui va coûter très cher à la Communauté, même s'il reçoit un soutien financier enthousiaste de la Région wallonne (DGTRE).
Le projet n'est pas non plus simplement un musée de plus dans la ville. C'est un outil vivant qui se propose de rassembler des ressources existantes et qui est ouvert, soucieux de créer des situations de collaboration et non de concurrence avec les enseignants, avec les acteurs économiques, avec l'actuel ensemble muséal liégeois, avec l'Euregio, sans frontières.
Un lieu ouvert à tous et ouvert vers tout, un mariage entre la culture scientifique et les autres cultures : arts, lettres, cultures de tous les pays, de tous les horizons.
Un endroit où tout le monde se sent bien, où tout le monde est admis et vient volontiers, et où chacun pourra découvrir le plaisir de regarder et de comprendre.

Education et tourisme

La finalité de l'Embarcadère du Savoir est d'être un outil de culture scientifique et technique à visées à la fois éducative et touristique.  

L'éducation : donner le goût des sciences, des techniques, de l'industrie à tous les publics, surtout aux jeunes.

Le tourisme : créer une attraction touristique qui devrait, je l'espère, accueillir 200 000 visiteurs par an.

Optimisant les ressources humaines et financières, les moyens mis en jeu réclament un faible investissement pour un objectif toutefois ambitieux en visant avant tout une culture scientifique de qualité, en profitant notamment de l'apport gracieux de matière grise de l'Université qui donnera un contenu scientifique et intelligent au touristique.

Par deux voies, contribuer au redéploiement du bassin.

En fait, le redéploiement économique de la Région liégeoise passe par ces deux voies : technologies nouvelles et tourisme.

Les nouvelles technologies seules ne pourront suffire aujourd'hui en raison du manque de main d'œuvre qualifiée disponible dans la région, alors que le tourisme, lui, pourrait absorber une partie significative d'une main d'œuvre moins qualifiée.

Une Métropole qui n'investit pas dans la culture est une Métropole qui régresse.

Malgré ses finances difficiles et un passé parfois tumultueux, Liège a conservé son patrimoine culturel et artistique exceptionnel (ainsi a-t-elle résisté à la tentation de vendre son Picasso) et l'a mis en valeur.

Un patrimoine et un esprit qui font incontestablement de Liège la première ville touristique wallonne. Il suffirait d'un investissement massif dans une action culturelle et touristique exceptionnelle pour la rendre au niveau mondial.

Je sais que certains politiques y pensent : importer à Liège quelque chose d'unique qui ferait de Liège une ville culturelle incontournable au niveau mondial.

Liège, ville d'art avec ses nombreux musées et son patrimoine historique prestigieux, Liège ville de musique grâce à son opéra, son orchestre philharmonique et ses festivals, Liège ville d'atmosphère avec ses nombreux événements culturels et son folklore : pour absorber le flot des touristes venant alors de partout, l'infrastructure culturelle et muséale annexe nécessaire est déjà en place.

A ce titre, l'Embarcadère du Savoir constitue un point d'attraction supplémentaire.

 

Le cercle vertueux de la recherche fondamentale et de sa mise en application

Qui dit technologies nouvelles dit recherche scientifique. Qui dit recherche scientifique dit «affaire de savants».

Le savant, le «chercheur scientifique» comme on dit maintenant, ne bénéficie plus de l'aura qu'il avait antan, il n'inspire plus le prestige et n'engendre plus la considération qu'il suscitait auparavant.

Réconcilier la science et le grand public

Aujourd'hui, la science ne fait plus très bon ménage avec le public !  

Les scientifiques, qui dénoncent violemment une montée de l'irrationalité et qui se voudraient - pour beaucoup d'entre eux ! - la seule tête pensante d'une humanité en progrès, sont confrontés, comme on l'a vu dans le cas des OGM par exemple, à un nouveau type de public qui lui pose des questions gênantes au lieu de faire confiance aveuglément au progrès.  

C'est pourtant ça, la démocratie !  

Il nous faut, dans le cadre de cette démocratie, réconcilier la science et le public. Mais ce n'est pas facile : chaque connaissance nouvelle a des applications potentiellement positives et des applications potentiellement délétères.

La recherche sur l'embryon humain par exemple suscite un débat d'une grande actualité par rapport à la culture chrétienne qui imprègne notre société européenne occidentale. L'étude des cellules souches d'origine embryonnaire provoque un débat scientifique et éthique lié aux grandes attentes en perspective pour soigner de nombreuses pathologies, mais aussi à la valeur anthropologique que l'on veut attribuer ou non à un embryon humain.

Avec Copernic, la terre n'est plus le centre de l'Univers. Avec Newton, le déterminisme s'ancre dans la physique. Avec Darwin, nous ne sommes plus qu'un des nombreux résultats de la sélection naturelle. Avec la neurobiologie, l'esprit devient une simple propriété du corps.  Avec la science matérialiste, mythes et religions apparaissent comme une réponse adaptative à l'angoisse de la mort et liée à la prise de conscience par l'Homme de sa condition.

Dans la société multiculturelle qu'est devenue la nôtre, ce sont cependant moins des cultures qui s'affrontent que des ignorances ! Et ces ignorances, nous devons les combattre, en cessant par exemple de prendre nos enfants pour des adultes qu'ils ne sont pas encore, et en les éduquant.

Mais pour que notre société puisse éduquer, ne faut-il pas qu'elle dispose d'un socle de valeurs qui nous manque aujourd'hui, valeurs auxquelles devraient pouvoir adhérer les principales composantes de la société actuelle

… Il y a du travail !!!

Même si nous sommes condamnés à vivre dans un monde entrouvert en équilibre sur la ligne qui sépare ombre et lumière, superstitions et sciences, ignorance et savoir, notre humanité nous impose d'avancer toujours plus loin dans la compréhension du monde qui nous entoure.  

Y renoncer nous renverrait tout simplement à notre statut premier d'animal.

Par contre, considérer que le développement de la science a pour effet exclusif de contribuer au bien-être de l'humanité est un leurre.

 La science n'a jamais fait bon ménage avec les croyances. Aujourd'hui, elle ne le fait pas non plus avec le public. Par contre, ses relations avec les politiques s'améliorent notablement. Peut-être l'argent et l'économie y sont-ils pour quelque chose.

Les sirènes de la rentabilité immédiate

La recherche, aujourd'hui, nécessite des moyens financiers gigantesques dont le chercheur pouvait se passer auparavant. Mais qui dit argent dit parfois compromission quand, désormais, il faut promettre une réussite pour obtenir les fonds nécessaires à sa recherche, quand «découverte» est supposée devenir à court terme synonyme d'invention et de brevet.

Enfin, prenons-en, un peu, de cet argent, et investissons dans la recherche. Transformons cet argent en nouvelles connaissances. Nous faisons alors de la recherche fondamentale, la plus noble, car elle n'a pas (ou elle n'avait pas ?!) a priori de but directement rentable. Son rôle premier est tout simplement de nous permettre de mieux comprendre le monde. 

Mais à partir des nouvelles connaissances ainsi acquises, on peut trouver de nouvelles applications, on peut créer de nouvelles technologies (et de nouveaux besoins, penseront directement certains !). Là, nous faisons de la recherche appliquée.

Remarquez que la flèche du bas est beaucoup plus grande que la flèche du haut : l'investissement est rentable, très rentable. Les Etats-Unis le savent depuis longtemps. Les Pays émergents comme l'Inde, la Chine ou le Brésil, entre autres, l'ont bien compris.

 

Entre parenthèses, l'analogie avec l' «Envol de la Wallonie» est parfaite : la recherche fondamentale sert de point d'appui indispensable à l'envol de la recherche appliquée.

Chez nous, le financement de la «recherche fondamentale» est faible (symbolisé par la petite flèche). Par conséquent, l'impact financier de la «recherche appliquée» n'est pas très grand. Nous vivons toujours sur nos réserves, mais petit à petit, ces réserves ne seront plus que culturelles.

Malgré l'impact positif sur la recherche qu'a eu le Roi Albert 1er en créant le FNRS, nos politiques ont le plus souvent affiché un mépris remarquable vis-à-vis de la recherche scientifique. 

Heureusement, au cours des vingt dernières années de politique belge, Yvan Ylieff a certainement été le premier politicien belge à comprendre l'importance de la recherche dans l'économie de notre pays. Melchior Wathelet aussi, fondateur de la fameuse revue Athéna qui assure la promotion du développement technologique de la Région.

Aujourd'hui, d'éminents politiciens soutiennent la recherche  : Philippe Busquin, député européen et ancien Commissaire à la recherche, à l'origine du fameux concept d'une « Europe de la Connaissance », Didier Reynders, actuel Ministre des Finances, Marie-Dominique Simonet, Ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, et bien d'autres.

D'eux est venue l'idée d'un «plan Marshal» qui met en avant la recherche scientifique au service de notre monde industriel, avec toutes les retombées économiques attendues. Trop de recherche à finalité directement appliquée sans doute, mais un bon début de prise de conscience. Un grand danger aussi de voir le monde industriel piloter la recherche fondamentale.

Aliéner la recherche aux seuls objectifs industriels reviendrait à la museler

J'évoquais avec un virologue de mes amis mon souhait de me faire vacciner contre la grippe et lui demandais si c'est une bonne idée.  Il m'a fait découvrir un monde que nous ignorons, un monde qui nous inculque, à tort, que nous devons nous faire vacciner contre la grippe chaque année, un monde qui organise la pénurie de vaccin pour mieux nous le faire acheter lorsqu'il sera libéré sur le marché… Ainsi, le monde industriel met-il sur le marché des tas de produits parfaitement inutiles qu'il vous présente comme indispensables.

Et le scientifique qui sait cela ne dit rien ? Non, s'il risque de se couper de subsides ultérieurs, s'il risque son salaire lorsqu'il est rémunéré par la firme, ou d'autres ennuis, sa vie peut-être.

On ne s'attaque pas impunément à l'argent et à l'arnaque organisée.

Si la science est le progrès pour beaucoup, la science n'est pas que le progrès.

La science pose des problèmes politiques et éthiques que nous ne pouvons ignorer. Considérer que la science trouvera indubitablement les solutions aux problèmes que posent la croissance économique et démographique est aussi probablement un leurre.
Devant la folle fuite en avant de notre société de consommation, ne pas mettre les scientifiques devant leurs responsabilités n'est plus tolérable.
Beaucoup de thuriféraires de la recherche scientifique déclarent que c'est l'usage des résultats de la recherche qui doit être contrôlé, non la recherche elle-même, qui doit être libre, comme les arts. C'est, peut-être, un peu court.
Un peu court, parce qu'aujourd'hui, le public, qui par ailleurs ne veut pas se passer de la science, exige un risque « zéro » dans les applications de la recherche.

Les politiques, pour rassurer le public dans ce domaine, sont peu crédibles. Les scientifiques, eux, devraient être fiables, mais leur langage hermétique est trop souvent impossible à comprendre par le public !

Fiables, en principe, car il y a parfois des bavures : ainsi le frein pour apporter la preuve que la cigarette provoque le cancer. Frein compréhensible dès lors que les recherches étaient subsidiées en grande partie par l'industrie du tabac elle-même.

On ne peut faire confiance à personne !

Pourquoi un embarcadère du savoir à Liège ?

Tout simplement pour qu'à Liège au moins, le public ait l'occasion de se réapproprier la science.

Loin d'une une simple tentative de séduction pour recruter de nouveaux étudiants et pour se réconcilier avec des citoyens dociles, loin d'un simple trompe l'œil qui réjouirait le politicien et mettrait à l'abri de toute responsabilité le scientifique drapé dans sa raison et dans sa méthode, l'Embarcadère du Savoir sera avant tout un vaste forum ouvert à tous, où, en la meilleure connaissance de cause possible, éclairés par des scientifiques libres, seront débattus les problèmes auxquels notre société se voit et se verra confrontée.

 

Historique

Un « Embarcadère du Savoir » à Liège : pour quoi faire ?

Composition du Conseil d'Administration de L'Embarcadère asbl

 

AAvec le soutien du Service Public de Wallonie